Réforme de la voie pro : où en est-on ?

Si l'école faisait son travail, j'aurais du travail », le slogan du MEDEF a donné la tonalité de cette rentrée. Le Gouvernement et le Medef essaient de faire porter la responsabilité du chômage sur l’école pour masquer le rôle de leurs politiques. Justement, le gouvernement ouvre une grande réforme de la formation et de l’apprentissage, pilotée par le Ministère du Travail, et la voie professionnelle sous statut scolaire est dans la ligne de mire. La consanguinité Medef/Gouvernement est assumée : Alain Druelles, l’actuel directeur de l’éducation et de la formation du Medef, vient de rejoindre le Ministère du Travail pour y prendre les fonctions de chef de projet sur les réformes de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Un signe de plus d’un climat inquiétant pour la voie professionnelle sous statut scolaire.

 

Le programme présidentiel de Macron sur la voie professionnelle était alarmant avec un projet annoncé d’instaurer « un quasi-monopole de l’alternance comme voie d’accès aux emplois de qualification moyenne. ». Dans son dossier de presse de rentrée, l’Association des Région de France, annonce ses demandes : continuer à développer l’apprentissage au sein de l’enseignement public, faciliter la possibilité de faire exercer les enseignant.e.s à la fois en voie scolaire et en apprentissage notamment par la convergence des statuts, expérimenter des regroupements lycées professionnels et CFA.

 

L’institut Montaigne, ce lobby ultralibéral dont on connaît les proximités avec le ministre Blanquer, dans une note publiée le 9 octobre 2017, dénonce la coexistence des voies statut scolaire et apprentissage et prône un transfert des PLP aux Régions. On le constate la voie professionnelle et ses personnels sont dans le collimateur.

 

Une campagne médiatique de promotion de l'apprentissage est lancée.

Derrière cette attaque contre les lycées professionnels et le service public d’éducation, ce sont aussi les qualifications et les diplômes, leurs contenus et leur contrôle par l’État qui sont remis en cause et renvoyés aux seules organisations patronales. Au prétexte d’améliorer l’insertion professionnelle, c’est aussi l’accès de tou-te-s à la culture générale qui est menacé. C’est assumé dans le programme d’En Marche : « Les formations professionnelles doivent être davantage basées et conditionnées par les exigences des métiers et filières professionnelles et l'excellence de celles-ci porter sur l'employabilité » Toute la formation civique, la culture générale disparaissent ! Cette volonté du tout apprentissage, dès la sortie du collège, axé sur la seule employabilité à court terme, sacrifie la culture générale et professionnelle qui permet l’évolution de carrière, les modifications de parcours.

 

Surtout, dans la réalité, l'apprentissage n'est pas plus efficace que la voie scolaire, Un apprenti sur cinq ne va pas au terme de son contrat (21 %). Il y a une meilleure réussite de l’examen sous statut scolaire. Par exemple, en 2014, les candidats ayant passé le CAP sous statut scolaire ont mieux réussi l’examen : 85,4 % contre 83,3 % pour les candidats ayant le statut d’apprenti. Pourtant, l'apprentissage coûte plus cher. Ainsi, la région IDF dépense 773,9 millions pour 514 096 lycéens, 208 millions pour 81 000 apprentis. Soit 1 505€ par lycéen.ne.s et 2 567€ par apprenti. e.s. L'apprentissage est une voie discriminante pour les femmes, les jeunes issus des "quartiers", de l'immigration.

 

C’est donc bien un choix idéologique, la volonté de donner les pleins pouvoirs au patronat sur la formation professionnelle qui guide cette politique ! Cette réforme, que le gouvernement présentera en janvier 2018, après une phase de « concertations », est bien le prolongement des réformes du code du travail et va contribuer à précariser les salarié·es. On est bien loin du « pragmatisme » revendiqué par le gouvernement.

 

Yannick Biliec 

Secrétaire CGT Educ’action 91

Pour en savoir plus, consulter notre page académique « spécial formation professionnelle »

 

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